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RPS

Évaluer le risque suicidaire en entreprise : grille

Camille Mercier·3 min de lecture
Évaluer le risque suicidaire en entreprise : grille

L’évaluation du risque suicidaire est une compétence sensible que tout intervenant RPS doit maîtriser, sans pour autant se substituer aux professionnels du soin. Voici le cadre.

Limites de ton rôle

Tu n’es pas thérapeute. Tu n’es pas médecin. Tu n’es pas chargé·e d’évaluer cliniquement un risque suicidaire individuel.

Mais : tu interviens dans des situations où des personnes peuvent te parler de pensées noires, de désespoir, voire d’idées suicidaires. Tu dois savoir réagir.

Tes 3 missions :

  • Repérer les signaux d’alerte
  • Accueillir sans paniquer ni minimiser
  • Orienter rapidement vers les professionnels compétents

Les signaux d’alerte

Signaux directs :

  • Évocation d’idées suicidaires (même indirecte)
  • Évocation d’un projet précis
  • Préparation matérielle (don d’objets, lettres)
  • Antécédents de tentative

Signaux indirects :

  • Désespoir intense (« je ne vois plus de sortie »)
  • Sentiment de fardeau pour les autres
  • Isolement social marqué
  • Changement brutal de comportement (très bas, ou anormalement calme après une période d’agitation)
  • Consommation accrue (alcool, médicaments)
  • Évocation de « ne plus être là »

Grille d’évaluation simplifiée

Inspirée de l’échelle de Beck adaptée à l’entreprise. Pas un outil diagnostique, juste une grille pour structurer ton observation :

Critère Faible (1) Modéré (2) Élevé (3)
Idée suicidaire Aucune Pensée passagère Pensée récurrente / projet
Plan Aucun Vague Précis (moyen, lieu, date)
Antécédents Aucun Idéation passée Tentative antérieure
Soutien Famille présente Soutien partiel Isolement
État émotionnel Stable Anxiété Désespoir profond

Total :

  • 5-7 : risque faible mais surveillance recommandée
  • 8-12 : risque modéré, orientation rapide
  • 13+ : risque élevé, action immédiate

Posture face à une personne en détresse

Si une personne te parle d’idées suicidaires :

1. Ne pas paniquer. Ton calme rassure.

2. Ne pas banaliser. Pas de « ça va passer », « tout le monde a des hauts et des bas ».

3. Ne pas juger. Pas de « pense à ta famille », « c’est lâche ».

4. Demander directement. « Est-ce que tu as des pensées de te faire du mal ? » La question n’augmente pas le risque. Elle ouvre l’espace de parole.

5. Écouter sans interrompre. Laisser la personne raconter.

6. Évaluer la grille (mentalement).

7. Orienter immédiatement. Selon le niveau de risque, vers différents professionnels.

Orientation selon le niveau de risque

Risque faible : oriente vers le médecin du travail. Suivi à 1 semaine. Tu fais le lien si possible.

Risque modéré : oriente vers psychiatre ou psychologue (réseau local que tu dois avoir construit). Suivi à 24-48h. Reste disponible.

Risque élevé :

  • Ne pas laisser la personne seule
  • Appeler le 15 (SAMU) ou le 31 14 (numéro national de prévention du suicide)
  • Accompagner aux urgences psy si possible
  • Prévenir un proche après accord de la personne
  • Informer le médecin du travail dans les heures qui suivent

Constituer ton réseau d’orientation

Avant d’intervenir, tu dois avoir un réseau :

  • Médecin du travail des entreprises clientes
  • Psychologues du travail libéraux sur ta zone (2-3 avec lesquels tu travailles)
  • Psychiatres pouvant prendre en urgence
  • Services hospitaliers spécialisés (urgences psy de référence)
  • Numéro national 31 14 (mémorisé)

Confidentialité et limites

La confidentialité est cruciale. Mais elle a ses limites :

  • Risque imminent pour la personne ou autrui : tu peux briser la confidentialité
  • Tu informes la personne que tu vas le faire et pourquoi
  • Tu informes les acteurs strictement nécessaires (médecin du travail, urgences)

Après l’intervention

Si tu as été en contact avec une personne en risque suicidaire :

  • Supervision immédiate (dans les 24h)
  • Notes personnelles structurées
  • Reste disponible pour la personne dans les jours suivants
  • Auto-évaluation de ton propre état

Formation complémentaire

Si tu interviens régulièrement sur des sujets RPS, formation spécifique recommandée :

  • Formation Sentinelle Suicide (3F2S Bretagne, Mediateuvre)
  • Formation Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM France)
  • Module spécifique évaluation et orientation crise suicidaire

Pour aller plus loin

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Écrit par

Camille Mercier

Formatrice en QVCT et prévention des risques psychosociaux depuis 2014. Accompagne les reconversions vers les métiers de formateur SST, PRAP, RPS et bien-être au travail. Approche pédagogique terrain, expérience en entreprise et en organisme de formation.

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