Jeux de rôle en formation agressivité : cadre de sécurité

Le jeu de rôle est l’outil pédagogique le plus puissant — et le plus risqué — d’une formation à la gestion de l’agressivité. Bien fait, il transforme la session. Mal fait, il blesse. Voici le cadre pour le faire sereinement.
Pourquoi le jeu de rôle est incontournable
La désescalade verbale, l’esquive physique, la posture corporelle ne s’apprennent pas en théorie. Tu peux passer 3 heures à expliquer la communication non-violente, le stagiaire n’aura rien intégré. Mets-le 5 minutes en situation, il vivra l’effet et s’en souviendra 6 mois plus tard.
Tous les référentiels sérieux (OMEGA, ProAct, Cap-A) intègrent au moins 30 à 50 % du temps de formation en mises en situation. C’est non négociable.
Le cadre de sécurité psychologique
Avant la première mise en situation, pose explicitement le cadre :
- « C’est un exercice, pas la réalité. »
- « Vous pouvez dire stop à tout moment, et l’exercice s’arrête immédiatement. »
- « On ne juge pas la performance, on observe les options de réaction. »
- « Ce qui se dit ici reste ici. »
- « Si vous ne voulez pas jouer, vous observez. C’est tout aussi utile. »
Écris ces règles sur un paperboard visible toute la journée.
Comédien professionnel ou stagiaire dans le rôle ?
Deux options, avec des avantages différents :
Comédien professionnel (300 à 600 € la journée) :
- Joue l’agresseur avec finesse et progressivité
- Sait s’arrêter au bon moment
- Ne porte pas de bagage personnel
- Coûte cher → réservé aux formations à fort enjeu (managers, accueil cadres)
Stagiaire dans le rôle d’agresseur :
- Gratuit, accessible à toute formation
- Apprend en jouant le rôle (effet miroir)
- Risque : surjoue ou sous-joue, va trop loin
- Demande un cadre de débriefing renforcé
Mon conseil : sur 2 jours, démarrer avec des binômes de stagiaires (échauffement) puis sortir le comédien pour les scènes plus complexes en fin de jour 2.
Scénariser sans faire mal
Trois règles pour les scénarios :
- Fiction réaliste : situation crédible dans le secteur du stagiaire, mais inventée — jamais reprise d’un cas vécu par un participant
- Progressivité : démarre par l’incivilité simple, monte vers l’agression verbale, finis par la gestion d’un cas extrême
- Pas de violence à caractère sexuel ou raciste sans accord préalable et sans expérience confirmée
Prépare 10 à 15 fiches scénarios avant la session. Tu en utiliseras 5 à 8 selon le groupe.
Débriefing : la séquence en 4 temps
Après chaque scène, 5 à 10 minutes :
- Émotion : « Qu’est-ce que tu as ressenti ? » (à l’acteur principal puis à l’agresseur, puis aux observateurs)
- Faits : « Qu’est-ce qui s’est concrètement passé ? » (observateurs)
- Analyse : « Qu’est-ce qui a fonctionné, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? »
- Options : « Quelles autres réponses auraient été possibles ? »
Ne saute jamais l’étape émotion. C’est elle qui clôt la mise en situation et permet au stagiaire de « sortir » du rôle.
Quand stopper une mise en situation
Tu interromps immédiatement si :
- Un participant pleure ou se fige
- L’agresseur dérape (insultes inattendues, tentative de contact physique non prévu)
- Tu sens que le groupe se tend
- Le stagiaire principal sort du rôle de manière confuse
Stoppe, débrieffe, reprends ailleurs. C’est ton autorité de formateur, exerce-la sans hésiter.
Pour aller plus loin
- Construire ton module 1 ou 2 jours
- Protocole CISD : débriefing post-incident
- Bagage psy pour gérer ces situations
Une scène qui te pose problème ? Décrivons-la ensemble.
Camille Mercier
Formatrice en QVCT et prévention des risques psychosociaux depuis 2014. Accompagne les reconversions vers les métiers de formateur SST, PRAP, RPS et bien-être au travail. Approche pédagogique terrain, expérience en entreprise et en organisme de formation.
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